Bon, ça y est : il s'en va. On se demande bien pourquoi ils restent là, les vieux. A attendre quoi. Dans un instant, le vieux Camion aura disparu, avalé par l'horizon, par la pente, légère, mais suffisante pour le happer hors de leur vue. Par la ville, ensuite ; parce qu'il a dit que bien sûr, il reviendrait les voir, mais quand, difficile à dire, il y aura certainement du travail à abattre. Ni quand, ni comment. C'est que c'est loin, et les trajets, toute une histoire. T ne tourne pas souvent avec son Camion. Et les crues, nombreuses par ici, et les champs gavés qui se trompent et rendent l'eau à la route plutôt qu'au fleuve. Impossible de circuler alors. Et quand bien même on pourrait, il faut prendre le train, enfin, des trains, un train puis un autre puis encore un autre. Ils ne savent pas, eux. Il a souri : dire que certains poussent jusqu'en Amérique. Ils souriaient avec lui, dans la même mécanique que celle des repas silencieux, pris à trois, quand on se regardait.
Le vieux se détourne déjà, l'½il sur le visage de celui qui part quand il a fait un geste d'adieu à travers la fenêtre du Camion- cette impression sur sa rétine, encore fraîche. Elle se penche légèrement en arrière, se demande s'il n'aura pas froid, s'il n'aurait pas oublié quelque chose. Chacun se débrouille comme il peut pour le retenir, avec ses maigres moyens, ceux d'un peu tout le monde. Lorsqu' ils rentreront chez eux, ils ne parleront pas beaucoup, pour ne pas se déranger, peut-être, dans la contemplation du bonheur simple, passé, encore tout proche, de ces derniers mois.
(Mais elle parle de qui?? son goss?? wahahaha ... Ne soyez pas triste.. tout se sai, votre curiositée grandissante seras bientot assouvie)